J’ai eu le plaisir d’écouter le chercheur Pablo Servigne à l’occasion de l’événement Onde de Coop à l’ Académie du Climat cette semaine.
Connu notamment pour « Comment tout peut s’effondrer », publié en 2015, qui a contribué à populariser la collapsologie en France. Ses travaux explorent en particulier ce qui permet aux communautés de faire face aux crises majeures : l’entraide, la coopération, la confiance et la qualité des liens. Loin de la fourmi qui ferme sa porte dans la fable, il invite à ouvrir les cercles et à tisser des liens avant la crise.*
Selon ses recherches, la qualité du tissu social avant la crise est un facteur important de résilience. Les communautés qui s’en sortent le mieux sont notamment celles où existaient déjà des liens de confiance et d’entraide. Loin du repli sur soi associé à la tendance du survivalisme et aux récits de catastrophes, il soutient une autre approche : élargir les cercles relationnels et tisser des liens d’entraide avant la crise, qui vont par ailleurs favoriser le quotidien « même si la tempête ne survient pas ».
Quand les engagements des entreprises sont confrontés à la réalité
Et dans les entreprises ? Loin du greenwashing et des valeurs affichées sans preuve concrète, leur mission et leurs engagements peuvent-ils constituer des points d’ancrage en période difficile ? Et renforcer les liens avec ses équipes, ses clients et ses parties prenantes ?
La MAIF, Le Slip Français, Too Good To Go : trois manières de rester fidèle à ses engagements tout en transformant son modèle.
La MAIF : traduire les engagements en ACTES CONCRETS
Pendant le Covid, la forte baisse des accidents automobiles a généré environ 100 millions d’euros d’économies pour la MAIF. L’assureur a choisi de les restituer à ses sociétaires, tout en maintenant les salaires sans recourir au dispositif public d’activité partielle.
La MAIF a fait ainsi la démonstration concrète de la cohérence entre ses décisions et un récit construit depuis longtemps autour du mutualisme et de la solidarité.
Lorsque les actions confirment les engagements, les valeurs affichées deviennent plus crédibles et nourrissent la confiance avec les clients, les salariés et les parties prenantes.
Le Slip Français : CHANGER DE MODÈLE sans changer de récit
Confronté à plusieurs crises majeures, à la baisse de son activité et à un modèle économique fragilisé, Le Slip Français a dû revoir profondément sa stratégie ces dernières années et se restructurer : fermeture de boutiques, réduction des références, baisse des prix (voir mon article précédent à ce sujet)
L’entreprise est même allée jusqu’à repenser son modèle de production, en participant à la création de l’usine Bonne Nouvelle à Aubervilliers, conçue pour produire davantage et à des coûts plus compétitifs en France.
À travers ces transformations, elle a maintenu la promesse inscrite dans son ADN depuis l’origine : fabriquer en France et contribuer à faire vivre une filière textile française.
Too Good To Go : une mission qui guide la croissance
Depuis sa création en 2016, Too Good To Go a considérablement élargi son modèle. Aux Paniers Surprise proposés par les commerçants se sont ajoutés les Colis anti-gaspi pour valoriser les surplus des fabricants et grossistes, ainsi que de nouvelles solutions pour accompagner la grande distribution dans la gestion de ses invendus.
La mission reste inchangée : lutter contre le gaspillage alimentaire. Une promesse claire qui guide sa croissance, lui permettant de développer de nouvelles offres, de toucher de nouveaux marchés et de fédérer de nouveaux partenaires autour d’un projet et d’une vision clairement identifiés.
Et votre entreprise ? Si demain son activité, son marché ou son organisation devait profondément évoluer, qu’est-ce qui devrait absolument rester de son identité ?